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Karukera
C'est ainsi que
Christophe Colomb, stupéfié par l'abondance de la végétation,
surnomma celle qu'il découvrit un matin de novembre 1493, au
cours de son second voyage vers les Indes Occidentales. Depuis plus
de deux mois, la traversée de l'Atlantique s'éternisait.
Les réserves en eau menaçaient de s'épuiser et
l'équipage, un peu plus tôt, avait subi une violente tempête.
Sans autre recours, le navigateur s'était tourné vers
Santa Maria de Guadalupe. Parvenu sain et sauf en vue d'une terre verdoyante,
riche de promesses de ravitaillement, il lui dédia sa découverte.
C'est ainsi que, progressivement, on en vint à connaître
l'île sous le nom de Guadeloupe. Longtemps auparavant, les Indiens
caraïbes l'avaient appelée Karukera, "l'île aux
belles eaux".
On a souvent comparé la Guadeloupe à un papillon déployé
sur la mer des Antilles. Au nord, Grande-Terre est en fait, avec 560
km2, la plus petite des deux ailes. Calcaire et peu accidentée,
retenant avec peine les eaux de pluie apportées par les alizés
du nord-est, elle est le domaine de la canne à sucre et des cabrouets,
les chars à bœufs. Sur la côte orientale, ouverte aux 2
ouragans, les déferlantes atlantiques s'abattent avec fracas,
alors qu'à deux pas le littoral méridional étale
les plus belles plages de la Guadeloupe. Sable doré et eau tiède
sont bien au rendez-vous. A l'ouest, à deux pas de la Rivière
Salée, un étroit chenal d'eau de mer faisant en fait deux
îles de la Guadeloupe, se trouve Pointe-à-Pitre, la ville
principale.
Au sud, Basse-Terre (800 km2) est malgré son nom envahie par
la masse de l'imprévisible volcan de la Soufrière, culminant
à 1467 m. La pluie s'écrase sur les pentes raides des
montagnes bouleversées par les éruptions successives et
dans les vallées fertiles, nourrissant une flore débridée
et des dizaines de torrents éclatant en cascades tumultueuses.
Le long des côtes découpées, des villages s'ancrent
au fond de baies protégées par de véritables remparts
rocheux. Si on cultive également la canne dans la région
de Sainte-Rose. On se consacre surtout ici à la banane, au café
et au cacao. A la pointe sud-ouest, la petite ville de Basse-Terre endosse,
plutôt que Pointe-à-Pitre, le rôle de chef-lieu du
département.
Avec une population dépassant les 400000 habitants, la Guadeloupe
est l'une des îles les plus densément peuplées des
Antilles - ce qui n'est pas sans provoquer des problèmes de logement
et de chômage. La plupart de ces habitants sont originaires d'Afrique,
descendants d'esclaves amenés de force au XVIIe et XVIIIe siècles
pour travailler dans les plantations. Si la prééminence
de la canne tend à disparaître, le poids du passé
reste parfois lourd à porter. Toutefois, le métissage
et le passage du temps ont donné naissance à une culture
nouvelle, originale où se sont mêlées les influences
des uns et des autres.
Histoire
Epoque précolombienne
A l'aube de l'ère chrétienne, des tribus indiennes originaires
d'Amérique du Sud remontent l'arc antillais. A partir du IXe
siècle, les Arawaks, des agriculteurs pacifiques, sont progressivement
chassés et décimés par les Indiens caraïbes,
venus de la région de l'Orénoque.
XVe-XVIIe siècle.
En 1493, au cours
de son second voyage, Christophe Colomb découvre la Guadeloupe
ainsi que la Désirade et les Saintes. Après le massacre
de plusieurs missionnaires espagnols, l'île reste inoccupée
jusqu'en 1626, lorsque débarque un gentilhomme normand, Pierre
Belain d'Esnambuc. Neuf ans plus tard, la première tentative
d'installation, avec 550 colons français menés par les
sieurs Duplessis et Lyenard de l'Olive connaît des débuts
très difficiles. Les maladies et les attaques des Caraïbes
font des ravages. Pourtant, le commerce triangulaire se met peu à
peu en place: des esclaves "importés" d'Afrique commencent
à travailler à la culture du coton et de l'indigo. D'abord
domaine privé de la Compagnie des Indes Occidentales, l'île
change plusieurs fois de mains avant d'être réunie à
la Couronne en 1674.
XVIIIe siècle.
La culture de la
canne nécessitant une main-d'œuvre toujours plus importante,
l'esclavage s'intensifie. Il atteint son point culminant dans la seconde
moitié du siècle. Parallèlement, la piraterie et
les guerres franco-britanniques jettent à intervalles réguliers
le trouble dans l'île. En 1759, la Guadeloupe tombe entre les
mains des Anglais. Elle est restituée quatre ans plus tard. En
1794, la Révolution française, sous l'influence de la
Société des Amis des Noirs, décide l'émancipation
des esclaves. Mais la Guadeloupe, restée royaliste, refuse de
se soumettre et fait appel aux Anglais. La Convention dépêche
alors Victor Hugues, qui se charge, à l'aide de la guillotine,
de faire rentrer les planteurs dans le rang; 4000 d'entre eux sont exécutés.
XIXe-XXe siècle.
En 1802, Napoléon,
alors Premier Consul, réintroduit l'esclavage. Les hommes affranchis
quelques années plus tôt, menés par Delgrès,
se soulèvent. La révolte est réprimée dans
un bain de sang. A la faveur des guerres napoléoniennes, la Grande-Bretagne
occupe à nouveau l'île. Il faut attendre 1846 et l'intervention
de Victor Schoelcher, député des Antilles françaises,
pour que l'Etat décide finalement l'affranchissement des esclaves
de son domaine. Deux ans plus tard, l'abolition définitive est
signée: 87 500 esclaves
guadeloupéens retrouvent la liberté. Leurs propriétaires
sont indemnisés. La production de sucre s'effondre. Les planteurs
recrutent alors des travailleurs dans les établissements français
de l'Inde.En 1871, la Guadeloupe fait son entrée au Parlement
français. En 1946, elle devient, au même titre que la Martinique
et la Réunion, département français.
Pointe-à-Pitre
Du temps où
il n'y avait ici qu'un minuscule village de pêcheurs, quelques
années seulement après l'arrivée des premiers colons,
un pêcheur hollandais nommé Pieter vendait son poisson
au bout d'une pointe rocheuse. Les habitants prirent l'habitude de désigner
l'endroit comme la " Pointe à Pieter ". Peu à
peu à la faveur des occupations anglaises et des écarts
de prononciation, on en vint à parler de Pointe-à-Pitre.
C'est toujours autour de la Darse, le port, que bat le cœur de la ville.
Cargos et Yachts, barques, saintoises et ferries y jettent l'ancre,
s'amarrant le long du quai où chaque matin les vendeuses proposent
crabes ligotés et fruits tropicaux. Les régimes de bananes
s'entassent, débordant de la halle ouverte sur la mer. Pour quelques
euros, pourquoi ne pas goûter aux quenettes, vaguement semblables
aux litchis, ou aux ananas bouteilles sucrés, tout juste récoltés.
Contre le marché,
face à la Darse, la place de la Victoire, cerclée de palmiers
royaux et de petits cafés, est un lieu de rendez-vous recherché.
On s'y retrouve, on s'y jette des œillades, on y attend le bus. Son
nom commémore la défaite anglaise sous les coups de Victor
Hugues, venu rétablir en Guadeloupe le règne de la révolution
française. Sur cette même esplanade, nombreuses sont les
têtes des petits planteurs qui roulèrent : en ces temps
sombres, on y avait installé la guillotine. On reconnaît
facilement à l'ouest, l'Office du Tourisme à sa façade
blanche et à ses colonnades.
Juste derrière, une petite rue mène à la basilique
Saint-Pierre et Saint-Paul, site de la grande fête annuelle des
Cuisinières. A cette occasion, début août, les femmes
âgées de l'île membres de l'Association du Cuistot
Mutuel revêtent foulards et madras pour quelques heures d'une
fête aux couleurs du passé. Dans un bâtiment noir
de monde, on célèbre la messe dans le plus grand apparat.
Du haut du balcon supérieur, la vue sur cette marée de
costumes rosé et or est spectaculaire. La procession conduit
ensuite ces dames à travers les rues, où elles distribuent
les produits de leur cuisine. La basilique, détruite par le séisme
de 1843 fut reconstruite sur le modèle des bâtiments en
fer et acier rendu célèbre par Gustave Eiffel.
A quelques centaines de mètres vers l'ouest, la rue Frébault
grouille d'activité. Attiré par les bonnes affaires, on
y musarde, on y marchande, farfouillant dans les étals des magasins
de tissus et de vêtements débordant sur les trottoirs.
Au croisement de la rue Peynier, le marché couvert Saint-Antoine
regorge de produits frais. C'est l'adresse idéale pour ceux qui
souhaitent ramener vanille des îles, cannelle ou épices.
En remontant la rue Peynier vers l'ouest, le port dans le dos, on atteint
rapidement le Musée Schoelcher, consacré aux travaux et
à la vie de l'homme responsable de l'abolition de l'esclavage
en 1848. Partout aujourd'hui, à travers les îles, vous
rencontrerez places, rues et avenues portant le nom de ce héros
des Antilles françaises.
De retour près de la darse, on trouve facilement, là où
la rue de Nozières croise la rue Achille René Boisneuf,
le Musée Saint-John Perse. On y conserve, dans une magnifique
demeure coloniale, le souvenir du prix Nobel de Littérature (1960).
Fils d'une famille de planteurs, de son vrai nom Alexis Léger,
celui-ci quitta à douze ans la Guadeloupe pour ne plus jamais
y revenir. Les Guadeloupéens lui en tiennent toujours rigueur,
même si certains de ses plus beaux poèmes trouvent leur
inspiration dans les palmes et les alizés antillais. La maison
possède un parcours étonnant: construite en France en
pièces détachées, elle était à l'origine
destinée à une riche famille créole de Louisiane.
Elle fut vendue en chemin pour permettre de payer les réparations
du bateau qui la transportait.
Autour de Grande-Terre
Fermant la rade
de Pointe-à-Pitre par l'est, le quartier résidentiel de
Bas du Fort conserve de son passé stratégique le fort
Fleur d'Epée, une bâtisse massive aux murs de corail gardée
par trois formidables canons. En 1794, Anglais et Français se
battirent ici au corps à corps pour conserver le contrôle
de la colline, considérée comme essentielle à la
défense de la Guadeloupe. Un petit musée rappelle les
faits, mais l'intérêt principal de l'excursion réside
dans le splendide panorama s'étendant sur le littoral et jusqu'à
Marie-Galante. On trouve également à Bas du Fort une grande
marina et un aquarium.
Vers l'est commence la "Riviera" guadeloupéenne. Sur
une trentaine de kilomètres, du Gosier à Saint-François,
sable clair bordé de palmiers et complexes touristiques se succèdent.
La Pointe de la Verdure, à 10 min seulement de Pointe-à-Pitre,
possède certaines des plages les plus fréquentées
(le week-end en particulier) et un grand nombre d'hôtels de luxe
et de discothèques. Tout proche, le vieux village de Gosier domine
sur fond de mer turquoise l'îlet du même nom, surmonté
d'un phare rouge et d'un bouquet de végétation. De la
place principale, la vue est magnifique. N'hésitez pas à
emprunter le court escalier descendant à une anse lilliputienne.
De jolies barques colorées et quelques voiliers se balancent
là, servant de tremplin à des familles de pélicans.
Un service de navettes permet de se rendre sur l'îlet du Gosier,
réputé pour sa plage naturiste.
Une quinzaine de kilomètres vers l'est, Sainte-Anne, une ancienne
ville sucrière, est désormais en plein cœur de la "côte
du farniente". La plage longeant la route est agréable,
mais celle de la Caravelle, sur la pointe fermant la baie à l'ouest,
l'est bien davantage encore. Appartenant au Club Méditerranée,
elle est cependant ouverte au public. Difficile de l'affirmer, tant
l'éventail est large, mais on dit souvent qu'elle est la plus
belle de toutes. Des vagues douces viennent y lécher un sable
blond jusqu'au pied de cocotiers gracieusement courbés.
Quinze kilomètres supplémentaires et vous atteignez Saint-François,
paisible bourgade de pêcheurs devenue haut lieu du tourisme guadeloupéen.
Sa marina est aujourd'hui la plus importante de l'île après
celle de Bas du Fort et les infrastructures touristiques ont poussé
un peu partout. On peut y pratiquer la voile et tous les sports nautiques,
tout comme le golf, le tennis ou l'équitation. Les adeptes du
sable chaud se régaleront à la plage des Raisins Clairs,
qui tire son nom des arbres qui la bordent, des résiniers aux
feuilles larges et aux fruits verts arrangés en forme de grappes.
Carnaval
Chaque année, en janvier, la joie descend dans les rues. Depuis
des semaines, on prépare les costumes. Pendant quelques jours,
la liesse va s'emparer de tous. Mardi Gras: diables rouges, monstres
en tous genres, nains et géants défilent en farandoles
ininterrompues. Du bébé au vieillard, tous participent,
grimés et masqués. Le soir du mercredi des Cendres, une
foule immense, vêtue de noir et de blanc, accompagne le mélancolique
Vaval jusqu'à sa dernière demeure. Avant que l'aube n'arrive,
le dieu de la fête se consume sur un immense bûcher dans
un adieu déchirant aux réjouissances.
De Saint-François, la route, longeant l'océan, mène
en une dizaine de kilomètres à la Pointe des Châteaux,
une sorte de Finistère contrastant de manière flagrante
avec les paysages jusqu'ici traversés. Les assauts de l'Atlantique
y ont inlassablement sculpté la roche friable de la falaise.
Un sentier à travers les broussailles conduit en une dizaine
de minutes au pied d'une grande croix de ciment d'où la vue porte
jusqu'aux îles inhabitées de la Petite Terre et, au-delà,
jusqu'à la Désirade. Vers l'ouest, derrière les
Grandes Salines abandonnées, on distingue les belles étendues
de sable de l'Anse Tarare et de l'Anse de la Gourde, lieux de baignade
tout désignés.
De retour à Saint-François, on poursuit généralement
vers le nord, en direction du Moule, pénétrant sur le
territoire des plantations de canne. De manière épisodique,
les ruines de sucrotes, d'anciens moulins servant à broyer la
plante pour en extraire le sucre, agrémentent le paysage. En
chemin, vous passerez sur votre droite la petite maison de planteurs
de Zévallos. Dans l'intérieur des terres, la distillerie
Bellevue perpétue la tradition du rhum. Les jours de travail,
de février à juin, saison de récolte, vous aurez
toutes les chances d'y croiser un cabrouet venant livrer sa canne.
Le Moule ne se distingue guère par sa plage, mais par le très
intéressant Musée Edgar-Clerc, abritant une magnifique
collection d'objets arawak et caraïbes découverts dans les
environs.
En remontant vers la pointe septentrionale de Grande-Terre, fief de
longue date de l'aristocratie sucrière, une mer de canne ondule
à l'infini, entrecoupée ici et là des silhouettes
d'autres sucrotes délabrées. A la Porte d'Enfer, les vagues
ont formé une longue tranchée, particulièrement
propice à la baignade. Mieux vaut y venir en semaine tant la
foule s'y presse le week-end.
A l'extrême nord, la route s'arrête à la Pointe de
la Grande Vigie. Un court sentier mène au faîte de colossales
falaises plongeant dru dans l'océan. Dans le ciel, les frégates
volent majestueuses, portées par des courants ascendants. A cet
endroit, au XIXe siècle, vivaient encore dans une réserve
les derniers descendants des Indiens caraïbes aujourd'hui disparus.
Sur la route du retour vers Pointe-à-Pitre, prenez le temps de
vous arrêter à Port Louis, baigné par la superbe
Anse du Souffleur, idéale pour piquer une tête. Morne-à-1'Eau
est quant à elle connue pour son étonnant cimetière
aux tombes entièrement recouvertes de carreaux noirs et blancs
en damier. A l'est des Abymes, peu avant d'atteindre Pointe-à-Pitre,
des routes tortueuses s'enfoncent vers les Grands Fonds, une région
où s'accumulent bizarrement des centaines de collines. C'est
dans ce coin isolé que se réfugièrent en 1794 les
petits planteurs blancs tentant d'échapper à la guillotine
de Victor Hugues. Les Blancs-Matignon, comme on les appelle, refusent
aujourd'hui encore de mêler leur sang à celui des étrangers
ou des descendants de leurs anciens esclaves.
Autour de Basse-Terre
En descendant le
long de la côte orientale de Basse-Terre, on passe Petit-Bourg,
porte d'accès au parc floral de Valombreuse, puis Goyave. Sainte-Marie,
quelques kilomètres plus loin, doit son nom à Christophe
Colomb. C'est ici que le navigateur et ses hommes débarquèrent
en 1493, provoquant la fuite des Caraïbes. Un buste du Génois,
sur la place du village, commémore l'événement.
A mi-chemin de Sainte-Marie et de Capesterre, difficile de ne pas remarquer
le temple hindou aux nombreuses divinités de plâtre peintes
de couleurs vives. Construit par les immigrants venus travailler dans
les plantations au XIXe siècle, il reste très fréquenté
par la communauté hindouiste. La région, propice à
la culture de la banane, s'enorgueillit de nombreuses plantations. Il
est possible, les jours d'activité, de visiter celle de Grand
Café. Vous aurez sans doute remarqué que les régimes
sont enveloppés dans des sacs en plastique: cela dans le but
d'accélérer leur mûrissement.
Après Capesterre, que l'on atteint au milieu des flamboyants,
la route s'engage entre deux majestueuses rangées de palmiers
royaux: c'est l'Allée Dumanoir.
En poursuivant vers le sud, juste avant Bananier le bien nommé,
une petite route tortueuse grimpe en direction des chutes du Carbet,
passant à proximité de plusieurs exploitations florales,
dont quelques-unes sont ouvertes au public. C'est l'occasion de se promener
au milieu d'une profusion de magnifiques anthuriums, heliconias et autres
oiseaux de paradis et, peut-être, d'en acheter quelques-uns avant
le retour. La route pénètre ensuite la forêt, longeant
un instant le Grand Etang, puis atteint le belvédère,
d'où on aperçoit sans peine deux des trois chutes. Un
sentier un peu boueux, encadré par des fougères arborescentes,
mène en une demi-heure à la plus proche, dégringolant
de la montagne sur près de 110 m. C'est une excursion très
populaire auprès des Guadeloupéens et il est préférable,
si vous tenez à profiter de la sérénité
des lieux, d'y venir en semaine.
A Trois-Rivières, port d'embarquement pour les îles des
Saintes, le parc archéologique des Roches Gravées, situé
sur la colline dominant le port, regroupe dans un agréable cadre
de jardin tropical plus de 200 pétroglyphes dus aux Indiens arawak,
les premiers habitants de l'île. On y reconnaît sans peine
des visages humains et de multiples figures géométriques.
Quelques kilomètres à l'ouest de Trois-Rivières,
la plage de Grande Anse possède un beau sable noir.
Dépassant la pointe sud de l'île, voilà Basse-Terre,
le chef-lieu administratif de la Guadeloupe, une petite ville endormie
sans véritable prétention touristique. De là, une
route sinueuse s'élève en direction de Saint-Claude, longtemps
resté le lieu de villégiature de prédilection des
familles de planteurs, puis vers la Soufrière. Juste après
l'entrée du parc, la Maison du Volcan vous renseignera sur l'activité
de la montagne, dont les "explosions de vapeur", en 1976,
provoquèrent au milieu de force controverses l'évacuation
de tous les habitants de la région de Basse-Terre. Finalement,
aucune éruption n'eut lieu. De la Savane à Mulets, au
bout de la route, à 1142 m d'altitude, un sentier pierreux s'élève
rapidement vers le sommet, atteint en une bonne heure de marche. Le
paysage que vous découvrez est lunaire: de la terre pelée,
trouée de monstrueux évents, s'élèvent dans
un bruit cataclysmique de colossaux nuages de vapeur.
De Basse-Terre, la route remonte le long de la côte occidentale
de l'île, épousant un terrain accidenté de caps
et de promontoires rocheux. Si, jusqu'à Bouillante, le sol semble
relativement aride - les pluies, retenues par la Soufrière, ne
parviennent pas jusque là -, la végétation reprend
ensuite ses droits dans une débauche de fleurs et de chlorophylle.
Face au hameau de Malendure, l'îlet de Pigeon est, grâce
à l'intervention du Commandant Cousteau, devenu une réserve
sous-marine. On peut y plonger au milieu d'un arc-en-ciel de poissons
bigarrés ou, si l'on préfère, embarquer à
bord d'un bateau à fond de verre.
Peu après, à Mahaut, il vous faudra décider de
la voie à emprunter pour le retour vers Pointe-à-Pitre.
La route de la Traversée, la plus courte, coupe Basse-Terre en
son cœur par le parc national de la Guadeloupe. C'est l'occasion d'une
agréable promenade à travers les 30000 ha de cette magnifique
forêt tropicale où foisonnent acajous, fougères
arborescentes et plantes épiphytes de toutes sortes. L'une des
excursions favorites consiste à se rendre à la cascade
aux Ecrevisses, une petite chute située dans un beau cadre sauvage,
prétexte à de joyeuses baignades dans l'eau fraîche.
Auparavant, vous aurez passé la Maison de la Forêt, d'où
un réseau de sentiers invite à d'autres promenades.
L'autre option, plus longue, consiste à poursuivre la remontée
du littoral. Passé Mahaut, la route atteint Pointe Noire, puis
Deshaies, un adorable village de pêcheurs niché au fond
d'une baie bien protégée. On y pratique la plongée
sous-marine avec assiduité. Peu après, Grande Anse, un
magnifique arrondi de sable clair, reste malgré les ravages d'un
ouragan - les cocotiers y ont perdu la tête - une des plages préférées
des Guadeloupéens.
Tout au nord, dans la région de Sainte-Rose, la seule de Basse-Terre
qui échappe à l'emprise des montagnes, la culture de la
canne à sucre demeure l'activité principale. C'est ici
que débarquèrent en 1636 les 550 hommes à l'origine
de la première tentative de colonisation de la Guadeloupe. On
peut visiter dans les environs la distillerie du domaine de Séverin.
Celle de Rémonenq, qui a cessé toute activité,
a été convertie en un intéressant Musée
du Rhum. On y trouve de surcroît une galerie d'insectes.
Marie-Galante
Baptisée
par Christophe Colomb du nom d'un de ses vaisseaux, Marie-Galante, à
40 km au sud-est de la Guadeloupe, est depuis son introduction au XVIIe
siècle par Constant d'Aubigné, le père de la future
Madame de Maintenon, le royaume de la canne à sucre. D'un bout
à l'autre de l'île, les champs ondulent sous les alizés,
piqués ici et là des ruines d'innombrables sucrotes. A
l'est de Grand Bourg, où accoste le ferry, on peut visiter les
vestiges du château Murât, en fait une vaste plantation
dont ne subsistent guère que les murs de la demeure et le vieux
moulin à broyer la canne.
Ailleurs, on assistera à la fabrication traditionnelle du rhum,
réputé parmi les meilleurs du monde. Sur la route de Saint-Louis,
dans une usine antédiluvienne, la distillerie Poisson produit
le célèbre rhum du Père Labat, du nom du père
missionnaire qui, à la fin du XVIIe, le fit connaître et
perfectionna sa méthode de distillation. Les machines sont les
mêmes qu'au début du XXe siècle et le tout fonctionne,
tant bien que mal, dans un capharnaüm épouvantable. Moins
connue mais tout aussi ancienne, la distillerie Bielle, entre Grand
Bourg et Capesterre, à l'est, mérite également
une visite.
Pour le reste, Marie-Galante possède quelques-unes des plus belles
plages de la Guadeloupe. Près de Capesterre, celles de la Feuillère
et de Petite Anse soulignent de leur sable clair deux arcs de cercle
parfaits. Attention toutefois à la force des rouleaux. A l'autre
bout de l'île, passé Saint-Louis, la plage de Moustique
et celle de l'Anse du Vieux Fort s'alanguissent, idylliques, au pied
de cocotiers débonnaires - cette fois, c'est des noix de coco
qu'il faut se méfier s'il y a du vent !
La Désirade
Généralement
délaissée par les touristes, la Désirade, flottant
à l'est de la Pointe des Châteaux, plaira à ceux
qui recherchent la tranquillité absolue. Aride et désolée,
elle compte en tout et pour tout 200 habitants, vivant chichement de
l'agriculture et de la pêche. Au début du XVIIIe siècle,
par peur de la contagion, on exila de force, à l'est de l'île
(à Baie-Mahault, où subsistent quelques vestiges de la
colonie), les lépreux de la Guadeloupe. Quelques familles de
"petits Blancs" pauvres, dont certains descendants de familles
nobles, ruinés ou bannis de leur famille, s'installèrent
à leur tour à l'ouest. Peu d'activités au programme,
si ce n'est la baignade, le long de belles plages désertes, et
la plongée.
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