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Karukera
C'est ainsi que Christophe
Colomb, stupéfié par l'abondance de la végétation,
surnomma celle qu'il découvrit un matin de novembre 1493, au cours
de son second voyage vers les Indes Occidentales. Depuis plus de deux
mois, la traversée de l'Atlantique s'éternisait. Les réserves
en eau menaçaient de s'épuiser et l'équipage, un
peu plus tôt, avait subi une violente tempête. Sans autre
recours, le navigateur s'était tourné vers Santa Maria de
Guadalupe. Parvenu sain et sauf en vue d'une terre verdoyante, riche de
promesses de ravitaillement, il lui dédia sa découverte.
C'est ainsi que, progressivement, on en vint à connaître
l'île sous le nom de Guadeloupe. Longtemps auparavant, les Indiens
caraïbes l'avaient appelée Karukera, "l'île aux
belles eaux".
On a souvent comparé la Guadeloupe à un papillon déployé
sur la mer des Antilles. Au nord, Grande-Terre est en fait, avec 560 km2,
la plus petite des deux ailes. Calcaire et peu accidentée, retenant
avec peine les eaux de pluie apportées par les alizés du
nord-est, elle est le domaine de la canne à sucre et des cabrouets,
les chars à bœufs. Sur la côte orientale, ouverte aux 2 ouragans,
les déferlantes atlantiques s'abattent avec fracas, alors qu'à
deux pas le littoral méridional étale les plus belles plages
de la Guadeloupe. Sable doré et eau tiède sont bien au rendez-vous.
A l'ouest, à deux pas de la Rivière Salée, un étroit
chenal d'eau de mer faisant en fait deux îles de la Guadeloupe,
se trouve Pointe-à-Pitre, la ville principale.
Au sud, Basse-Terre (800 km2) est malgré son nom envahie par la
masse de l'imprévisible volcan de la Soufrière, culminant
à 1467 m. La pluie s'écrase sur les pentes raides des montagnes
bouleversées par les éruptions successives et dans les vallées
fertiles, nourrissant une flore débridée et des dizaines
de torrents éclatant en cascades tumultueuses. Le long des côtes
découpées, des villages s'ancrent au fond de baies protégées
par de véritables remparts rocheux. Si on cultive également
la canne dans la région de Sainte-Rose. On se consacre surtout
ici à la banane, au café et au cacao. A la pointe sud-ouest,
la petite ville de Basse-Terre endosse, plutôt que Pointe-à-Pitre,
le rôle de chef-lieu du département.
Avec une population dépassant les 400000 habitants, la Guadeloupe
est l'une des îles les plus densément peuplées des
Antilles - ce qui n'est pas sans provoquer des problèmes de logement
et de chômage. La plupart de ces habitants sont originaires d'Afrique,
descendants d'esclaves amenés de force au XVIIe et XVIIIe siècles
pour travailler dans les plantations. Si la prééminence
de la canne tend à disparaître, le poids du passé
reste parfois lourd à porter. Toutefois, le métissage et
le passage du temps ont donné naissance à une culture nouvelle,
originale où se sont mêlées les influences des uns
et des autres.
Histoire
Epoque précolombienne
A l'aube de l'ère chrétienne, des tribus indiennes originaires
d'Amérique du Sud remontent l'arc antillais. A partir du IXe siècle,
les Arawaks, des agriculteurs pacifiques, sont progressivement chassés
et décimés par les Indiens caraïbes, venus de la région
de l'Orénoque.
XVe-XVIIe siècle.
En 1493, au cours
de son second voyage, Christophe Colomb découvre la Guadeloupe
ainsi que la Désirade et les Saintes. Après le massacre
de plusieurs missionnaires espagnols, l'île reste inoccupée
jusqu'en 1626, lorsque débarque un gentilhomme normand, Pierre
Belain d'Esnambuc. Neuf ans plus tard, la première tentative d'installation,
avec 550 colons français menés par les sieurs Duplessis
et Lyenard de l'Olive connaît des débuts très difficiles.
Les maladies et les attaques des Caraïbes font des ravages. Pourtant,
le commerce triangulaire se met peu à peu en place: des esclaves
"importés" d'Afrique commencent à travailler à
la culture du coton et de l'indigo. D'abord domaine privé de la
Compagnie des Indes Occidentales, l'île change plusieurs fois de
mains avant d'être réunie à la Couronne en 1674.
XVIIIe siècle.
La culture de la canne
nécessitant une main-d'œuvre toujours plus importante, l'esclavage
s'intensifie. Il atteint son point culminant dans la seconde moitié
du siècle. Parallèlement, la piraterie et les guerres franco-britanniques
jettent à intervalles réguliers le trouble dans l'île.
En 1759, la Guadeloupe tombe entre les mains des Anglais. Elle est restituée
quatre ans plus tard. En 1794, la Révolution française,
sous l'influence de la Société des Amis des Noirs, décide
l'émancipation des esclaves. Mais la Guadeloupe, restée
royaliste, refuse de se soumettre et fait appel aux Anglais. La Convention
dépêche alors Victor Hugues, qui se charge, à l'aide
de la guillotine, de faire rentrer les planteurs dans le rang; 4000 d'entre
eux sont exécutés.
XIXe-XXe siècle.
En 1802, Napoléon,
alors Premier Consul, réintroduit l'esclavage. Les hommes affranchis
quelques années plus tôt, menés par Delgrès,
se soulèvent. La révolte est réprimée dans
un bain de sang. A la faveur des guerres napoléoniennes, la Grande-Bretagne
occupe à nouveau l'île. Il faut attendre 1846 et l'intervention
de Victor Schoelcher, député des Antilles françaises,
pour que l'Etat décide finalement l'affranchissement des esclaves
de son domaine. Deux ans plus tard, l'abolition définitive est
signée: 87 500 esclaves
guadeloupéens retrouvent la liberté. Leurs propriétaires
sont indemnisés. La production de sucre s'effondre. Les planteurs
recrutent alors des travailleurs dans les établissements français
de l'Inde.En 1871, la Guadeloupe fait son entrée au Parlement français.
En 1946, elle devient, au même titre que la Martinique et la Réunion,
département français.
Pointe-à-Pitre
Du temps où
il n'y avait ici qu'un minuscule village de pêcheurs, quelques années
seulement après l'arrivée des premiers colons, un pêcheur
hollandais nommé Pieter vendait son poisson au bout d'une pointe
rocheuse. Les habitants prirent l'habitude de désigner l'endroit
comme la " Pointe à Pieter ". Peu à peu à
la faveur des occupations anglaises et des écarts de prononciation,
on en vint à parler de Pointe-à-Pitre. C'est toujours autour
de la Darse, le port, que bat le cœur de la ville. Cargos et Yachts, barques,
saintoises et ferries y jettent l'ancre, s'amarrant le long du quai où
chaque matin les vendeuses proposent crabes ligotés et fruits tropicaux.
Les régimes de bananes s'entassent, débordant de la halle
ouverte sur la mer. Pour quelques euros, pourquoi ne pas goûter
aux quenettes, vaguement semblables aux litchis, ou aux ananas bouteilles
sucrés, tout juste récoltés.
Contre le marché,
face à la Darse, la place de la Victoire, cerclée de palmiers
royaux et de petits cafés, est un lieu de rendez-vous recherché.
On s'y retrouve, on s'y jette des œillades, on y attend le bus. Son nom
commémore la défaite anglaise sous les coups de Victor Hugues,
venu rétablir en Guadeloupe le règne de la révolution
française. Sur cette même esplanade, nombreuses sont les
têtes des petits planteurs qui roulèrent : en ces temps sombres,
on y avait installé la guillotine. On reconnaît facilement
à l'ouest, l'Office du Tourisme à sa façade blanche
et à ses colonnades.
Juste derrière, une petite rue mène à la basilique
Saint-Pierre et Saint-Paul, site de la grande fête annuelle des
Cuisinières. A cette occasion, début août, les femmes
âgées de l'île membres de l'Association du Cuistot
Mutuel revêtent foulards et madras pour quelques heures d'une fête
aux couleurs du passé. Dans un bâtiment noir de monde, on
célèbre la messe dans le plus grand apparat. Du haut du
balcon supérieur, la vue sur cette marée de costumes rosé
et or est spectaculaire. La procession conduit ensuite ces dames à
travers les rues, où elles distribuent les produits de leur cuisine.
La basilique, détruite par le séisme de 1843 fut reconstruite
sur le modèle des bâtiments en fer et acier rendu célèbre
par Gustave Eiffel.
A quelques centaines de mètres vers l'ouest, la rue Frébault
grouille d'activité. Attiré par les bonnes affaires, on
y musarde, on y marchande, farfouillant dans les étals des magasins
de tissus et de vêtements débordant sur les trottoirs. Au
croisement de la rue Peynier, le marché couvert Saint-Antoine regorge
de produits frais. C'est l'adresse idéale pour ceux qui souhaitent
ramener vanille des îles, cannelle ou épices.
En remontant la rue Peynier vers l'ouest, le port dans le dos, on atteint
rapidement le Musée Schoelcher, consacré aux travaux et
à la vie de l'homme responsable de l'abolition de l'esclavage en
1848. Partout aujourd'hui, à travers les îles, vous rencontrerez
places, rues et avenues portant le nom de ce héros des Antilles
françaises.
De retour près de la darse, on trouve facilement, là où
la rue de Nozières croise la rue Achille René Boisneuf,
le Musée Saint-John Perse. On y conserve, dans une magnifique demeure
coloniale, le souvenir du prix Nobel de Littérature (1960). Fils
d'une famille de planteurs, de son vrai nom Alexis Léger, celui-ci
quitta à douze ans la Guadeloupe pour ne plus jamais y revenir.
Les Guadeloupéens lui en tiennent toujours rigueur, même
si certains de ses plus beaux poèmes trouvent leur inspiration
dans les palmes et les alizés antillais. La maison possède
un parcours étonnant: construite en France en pièces détachées,
elle était à l'origine destinée à une riche
famille créole de Louisiane. Elle fut vendue en chemin pour permettre
de payer les réparations du bateau qui la transportait.
Autour de Grande-Terre
Fermant la rade de
Pointe-à-Pitre par l'est, le quartier résidentiel de Bas
du Fort conserve de son passé stratégique le fort Fleur
d'Epée, une bâtisse massive aux murs de corail gardée
par trois formidables canons. En 1794, Anglais et Français se battirent
ici au corps à corps pour conserver le contrôle de la colline,
considérée comme essentielle à la défense
de la Guadeloupe. Un petit musée rappelle les faits, mais l'intérêt
principal de l'excursion réside dans le splendide panorama s'étendant
sur le littoral et jusqu'à Marie-Galante. On trouve également
à Bas du Fort une grande marina et un aquarium.
Vers l'est commence la "Riviera" guadeloupéenne. Sur
une trentaine de kilomètres, du Gosier à Saint-François,
sable clair bordé de palmiers et complexes touristiques se succèdent.
La Pointe de la Verdure, à 10 min seulement de Pointe-à-Pitre,
possède certaines des plages les plus fréquentées
(le week-end en particulier) et un grand nombre d'hôtels de luxe
et de discothèques. Tout proche, le vieux village de Gosier domine
sur fond de mer turquoise l'îlet du même nom, surmonté
d'un phare rouge et d'un bouquet de végétation. De la place
principale, la vue est magnifique. N'hésitez pas à emprunter
le court escalier descendant à une anse lilliputienne. De jolies
barques colorées et quelques voiliers se balancent là, servant
de tremplin à des familles de pélicans. Un service de navettes
permet de se rendre sur l'îlet du Gosier, réputé pour
sa plage naturiste.
Une quinzaine de kilomètres vers l'est, Sainte-Anne, une ancienne
ville sucrière, est désormais en plein cœur de la "côte
du farniente". La plage longeant la route est agréable, mais
celle de la Caravelle, sur la pointe fermant la baie à l'ouest,
l'est bien davantage encore. Appartenant au Club Méditerranée,
elle est cependant ouverte au public. Difficile de l'affirmer, tant l'éventail
est large, mais on dit souvent qu'elle est la plus belle de toutes. Des
vagues douces viennent y lécher un sable blond jusqu'au pied de
cocotiers gracieusement courbés.
Quinze kilomètres supplémentaires et vous atteignez Saint-François,
paisible bourgade de pêcheurs devenue haut lieu du tourisme guadeloupéen.
Sa marina est aujourd'hui la plus importante de l'île après
celle de Bas du Fort et les infrastructures touristiques ont poussé
un peu partout. On peut y pratiquer la voile et tous les sports nautiques,
tout comme le golf, le tennis ou l'équitation. Les adeptes du sable
chaud se régaleront à la plage des Raisins Clairs, qui tire
son nom des arbres qui la bordent, des résiniers aux feuilles larges
et aux fruits verts arrangés en forme de grappes.
Carnaval
Chaque année, en janvier, la joie descend dans les rues. Depuis
des semaines, on prépare les costumes. Pendant quelques jours,
la liesse va s'emparer de tous. Mardi Gras: diables rouges, monstres en
tous genres, nains et géants défilent en farandoles ininterrompues.
Du bébé au vieillard, tous participent, grimés et
masqués. Le soir du mercredi des Cendres, une foule immense, vêtue
de noir et de blanc, accompagne le mélancolique Vaval jusqu'à
sa dernière demeure. Avant que l'aube n'arrive, le dieu de la fête
se consume sur un immense bûcher dans un adieu déchirant
aux réjouissances.
De Saint-François, la route, longeant l'océan, mène
en une dizaine de kilomètres à la Pointe des Châteaux,
une sorte de Finistère contrastant de manière flagrante
avec les paysages jusqu'ici traversés. Les assauts de l'Atlantique
y ont inlassablement sculpté la roche friable de la falaise. Un
sentier à travers les broussailles conduit en une dizaine de minutes
au pied d'une grande croix de ciment d'où la vue porte jusqu'aux
îles inhabitées de la Petite Terre et, au-delà, jusqu'à
la Désirade. Vers l'ouest, derrière les Grandes Salines
abandonnées, on distingue les belles étendues de sable de
l'Anse Tarare et de l'Anse de la Gourde, lieux de baignade tout désignés.
De retour à Saint-François, on poursuit généralement
vers le nord, en direction du Moule, pénétrant sur le territoire
des plantations de canne. De manière épisodique, les ruines
de sucrotes, d'anciens moulins servant à broyer la plante pour
en extraire le sucre, agrémentent le paysage. En chemin, vous passerez
sur votre droite la petite maison de planteurs de Zévallos. Dans
l'intérieur des terres, la distillerie Bellevue perpétue
la tradition du rhum. Les jours de travail, de février à
juin, saison de récolte, vous aurez toutes les chances d'y croiser
un cabrouet venant livrer sa canne.
Le Moule ne se distingue guère par sa plage, mais par le très
intéressant Musée Edgar-Clerc, abritant une magnifique collection
d'objets arawak et caraïbes découverts dans les environs.
En remontant vers la pointe septentrionale de Grande-Terre, fief de longue
date de l'aristocratie sucrière, une mer de canne ondule à
l'infini, entrecoupée ici et là des silhouettes d'autres
sucrotes délabrées. A la Porte d'Enfer, les vagues ont formé
une longue tranchée, particulièrement propice à la
baignade. Mieux vaut y venir en semaine tant la foule s'y presse le week-end.
A l'extrême nord, la route s'arrête à la Pointe de
la Grande Vigie. Un court sentier mène au faîte de colossales
falaises plongeant dru dans l'océan. Dans le ciel, les frégates
volent majestueuses, portées par des courants ascendants. A cet
endroit, au XIXe siècle, vivaient encore dans une réserve
les derniers descendants des Indiens caraïbes aujourd'hui disparus.
Sur la route du retour vers Pointe-à-Pitre, prenez le temps de
vous arrêter à Port Louis, baigné par la superbe Anse
du Souffleur, idéale pour piquer une tête. Morne-à-1'Eau
est quant à elle connue pour son étonnant cimetière
aux tombes entièrement recouvertes de carreaux noirs et blancs
en damier. A l'est des Abymes, peu avant d'atteindre Pointe-à-Pitre,
des routes tortueuses s'enfoncent vers les Grands Fonds, une région
où s'accumulent bizarrement des centaines de collines. C'est dans
ce coin isolé que se réfugièrent en 1794 les petits
planteurs blancs tentant d'échapper à la guillotine de Victor
Hugues. Les Blancs-Matignon, comme on les appelle, refusent aujourd'hui
encore de mêler leur sang à celui des étrangers ou
des descendants de leurs anciens esclaves.
Autour de Basse-Terre
En descendant le long
de la côte orientale de Basse-Terre, on passe Petit-Bourg, porte
d'accès au parc floral de Valombreuse, puis Goyave. Sainte-Marie,
quelques kilomètres plus loin, doit son nom à Christophe
Colomb. C'est ici que le navigateur et ses hommes débarquèrent
en 1493, provoquant la fuite des Caraïbes. Un buste du Génois,
sur la place du village, commémore l'événement.
A mi-chemin de Sainte-Marie et de Capesterre, difficile de ne pas remarquer
le temple hindou aux nombreuses divinités de plâtre peintes
de couleurs vives. Construit par les immigrants venus travailler dans
les plantations au XIXe siècle, il reste très fréquenté
par la communauté hindouiste. La région, propice à
la culture de la banane, s'enorgueillit de nombreuses plantations. Il
est possible, les jours d'activité, de visiter celle de Grand Café.
Vous aurez sans doute remarqué que les régimes sont enveloppés
dans des sacs en plastique: cela dans le but d'accélérer
leur mûrissement.
Après Capesterre, que l'on atteint au milieu des flamboyants, la
route s'engage entre deux majestueuses rangées de palmiers royaux:
c'est l'Allée Dumanoir.
En poursuivant vers le sud, juste avant Bananier le bien nommé,
une petite route tortueuse grimpe en direction des chutes du Carbet, passant
à proximité de plusieurs exploitations florales, dont quelques-unes
sont ouvertes au public. C'est l'occasion de se promener au milieu d'une
profusion de magnifiques anthuriums, heliconias et autres oiseaux de paradis
et, peut-être, d'en acheter quelques-uns avant le retour. La route
pénètre ensuite la forêt, longeant un instant le Grand
Etang, puis atteint le belvédère, d'où on aperçoit
sans peine deux des trois chutes. Un sentier un peu boueux, encadré
par des fougères arborescentes, mène en une demi-heure à
la plus proche, dégringolant de la montagne sur près de
110 m. C'est une excursion très populaire auprès des Guadeloupéens
et il est préférable, si vous tenez à profiter de
la sérénité des lieux, d'y venir en semaine.
A Trois-Rivières, port d'embarquement pour les îles des Saintes,
le parc archéologique des Roches Gravées, situé sur
la colline dominant le port, regroupe dans un agréable cadre de
jardin tropical plus de 200 pétroglyphes dus aux Indiens arawak,
les premiers habitants de l'île. On y reconnaît sans peine
des visages humains et de multiples figures géométriques.
Quelques kilomètres à l'ouest de Trois-Rivières,
la plage de Grande Anse possède un beau sable noir.
Dépassant la pointe sud de l'île, voilà Basse-Terre,
le chef-lieu administratif de la Guadeloupe, une petite ville endormie
sans véritable prétention touristique. De là, une
route sinueuse s'élève en direction de Saint-Claude, longtemps
resté le lieu de villégiature de prédilection des
familles de planteurs, puis vers la Soufrière. Juste après
l'entrée du parc, la Maison du Volcan vous renseignera sur l'activité
de la montagne, dont les "explosions de vapeur", en 1976, provoquèrent
au milieu de force controverses l'évacuation de tous les habitants
de la région de Basse-Terre. Finalement, aucune éruption
n'eut lieu. De la Savane à Mulets, au bout de la route, à
1142 m d'altitude, un sentier pierreux s'élève rapidement
vers le sommet, atteint en une bonne heure de marche. Le paysage que vous
découvrez est lunaire: de la terre pelée, trouée
de monstrueux évents, s'élèvent dans un bruit cataclysmique
de colossaux nuages de vapeur.
De Basse-Terre, la route remonte le long de la côte occidentale
de l'île, épousant un terrain accidenté de caps et
de promontoires rocheux. Si, jusqu'à Bouillante, le sol semble
relativement aride - les pluies, retenues par la Soufrière, ne
parviennent pas jusque là -, la végétation reprend
ensuite ses droits dans une débauche de fleurs et de chlorophylle.
Face au hameau de Malendure, l'îlet de Pigeon est, grâce à
l'intervention du Commandant Cousteau, devenu une réserve sous-marine.
On peut y plonger au milieu d'un arc-en-ciel de poissons bigarrés
ou, si l'on préfère, embarquer à bord d'un bateau
à fond de verre.
Peu après, à Mahaut, il vous faudra décider de la
voie à emprunter pour le retour vers Pointe-à-Pitre. La
route de la Traversée, la plus courte, coupe Basse-Terre en son
cœur par le parc national de la Guadeloupe. C'est l'occasion d'une agréable
promenade à travers les 30000 ha de cette magnifique forêt
tropicale où foisonnent acajous, fougères arborescentes
et plantes épiphytes de toutes sortes. L'une des excursions favorites
consiste à se rendre à la cascade aux Ecrevisses, une petite
chute située dans un beau cadre sauvage, prétexte à
de joyeuses baignades dans l'eau fraîche. Auparavant, vous aurez
passé la Maison de la Forêt, d'où un réseau
de sentiers invite à d'autres promenades.
L'autre option, plus longue, consiste à poursuivre la remontée
du littoral. Passé Mahaut, la route atteint Pointe Noire, puis
Deshaies, un adorable village de pêcheurs niché au fond d'une
baie bien protégée. On y pratique la plongée sous-marine
avec assiduité. Peu après, Grande Anse, un magnifique arrondi
de sable clair, reste malgré les ravages d'un ouragan - les cocotiers
y ont perdu la tête - une des plages préférées
des Guadeloupéens.
Tout au nord, dans la région de Sainte-Rose, la seule de Basse-Terre
qui échappe à l'emprise des montagnes, la culture de la
canne à sucre demeure l'activité principale. C'est ici que
débarquèrent en 1636 les 550 hommes à l'origine de
la première tentative de colonisation de la Guadeloupe. On peut
visiter dans les environs la distillerie du domaine de Séverin.
Celle de Rémonenq, qui a cessé toute activité, a
été convertie en un intéressant Musée du Rhum.
On y trouve de surcroît une galerie d'insectes.
Marie-Galante
Baptisée par
Christophe Colomb du nom d'un de ses vaisseaux, Marie-Galante, à
40 km au sud-est de la Guadeloupe, est depuis son introduction au XVIIe
siècle par Constant d'Aubigné, le père de la future
Madame de Maintenon, le royaume de la canne à sucre. D'un bout
à l'autre de l'île, les champs ondulent sous les alizés,
piqués ici et là des ruines d'innombrables sucrotes. A l'est
de Grand Bourg, où accoste le ferry, on peut visiter les vestiges
du château Murât, en fait une vaste plantation dont ne subsistent
guère que les murs de la demeure et le vieux moulin à broyer
la canne.
Ailleurs, on assistera à la fabrication traditionnelle du rhum,
réputé parmi les meilleurs du monde. Sur la route de Saint-Louis,
dans une usine antédiluvienne, la distillerie Poisson produit le
célèbre rhum du Père Labat, du nom du père
missionnaire qui, à la fin du XVIIe, le fit connaître et
perfectionna sa méthode de distillation. Les machines sont les
mêmes qu'au début du XXe siècle et le tout fonctionne,
tant bien que mal, dans un capharnaüm épouvantable. Moins
connue mais tout aussi ancienne, la distillerie Bielle, entre Grand Bourg
et Capesterre, à l'est, mérite également une visite.
Pour le reste, Marie-Galante possède quelques-unes des plus belles
plages de la Guadeloupe. Près de Capesterre, celles de la Feuillère
et de Petite Anse soulignent de leur sable clair deux arcs de cercle parfaits.
Attention toutefois à la force des rouleaux. A l'autre bout de
l'île, passé Saint-Louis, la plage de Moustique et celle
de l'Anse du Vieux Fort s'alanguissent, idylliques, au pied de cocotiers
débonnaires - cette fois, c'est des noix de coco qu'il faut se
méfier s'il y a du vent !
La Désirade
Généralement
délaissée par les touristes, la Désirade, flottant
à l'est de la Pointe des Châteaux, plaira à ceux qui
recherchent la tranquillité absolue. Aride et désolée,
elle compte en tout et pour tout 200 habitants, vivant chichement de l'agriculture
et de la pêche. Au début du XVIIIe siècle, par peur
de la contagion, on exila de force, à l'est de l'île (à
Baie-Mahault, où subsistent quelques vestiges de la colonie), les
lépreux de la Guadeloupe. Quelques familles de "petits Blancs"
pauvres, dont certains descendants de familles nobles, ruinés ou
bannis de leur famille, s'installèrent à leur tour à
l'ouest. Peu d'activités au programme, si ce n'est la baignade,
le long de belles plages désertes, et la plongée.
Les plaisirs de
la table
C'est à la
Guadeloupe et à la Martinique que l'on trouve la meilleure cuisine
des Caraïbes. Bien préparés, les plats créoles
mêlent toutes les influences des îles, française, indienne,
africaine, à des ingrédients d'une fraîcheur exceptionnelle.
Les poissons et les crustacés se distinguent en toute logique.
Voici quelques-unes des spécialités les plus fréquemment
rencontrées :
Achards: légumes marines. Boudin créole: peut être
très épicé. Chadrons : oursins blancs, parfois servis
en omelette. Féroce: plat très épicé de morue
frite, de manioc, d'avocat et de piment. Lambi: la chair noire de ce gros
coquillage peut être bouillie dans un ragoût ou grillée
avec ail et citron vert. Matété de crabes : la chair est
sautée à l'ail et aux oignons et accommodée de jus
de citron, de thym et de piment. Ouassous : grosses écrevisses
pêchées dans les torrents. Délicieuses, elles sont
cependant de plus en plus rares. Calalou: à l'origine un plat préparé
par les esclaves, il s'agit d'une sorte de soupe très riche, proche
du ragoût, dans la composition de laquelle entrent en règle
générale jambon, lard ou crabe, ainsi que des feuilles de
taro ou des gombos, un légume gluant d'origine africaine - sans
oublier les épices. Colombo: il s'agit ni plus ni moins du curry
indien, préparé avec viande, volaille ou poisson.
Desserts
Les fruits, mangues, papayes, goyaves, ananas mais aussi, moins connus,
caramboles en forme d'étoile, corossol au goût de fraise,
quenettes rappelant les litchis et autres pommes cannelle se trouvent
sur tous les marchés. Les tartes sont délicieuses, en particulier
celle à la noix de coco. Vous trouverez en outre toute une gamme
de délicieux sorbets.
Boissons
Le rhum agricole est le roi des îles. Avec une mesure de sirop de
canne et un zeste de citron vert, il devient ti-punch, grand favori des
Guadeloupéens. Il entre aussi dans la composition d'une myriade
de cocktails parfumés : planteur, daïquiri ou encore pina
colada. Les jus frais, les sodas, la bière et les vins français
sont présents sur toutes les cartes.
Les achats
Les Antillais sont
de grands amateurs de shopping et vous constaterez que les boutiques de
vêtements ou d'accessoires sont très bien approvisionnées.
Si vous souhaitez ramener des souvenirs locaux, pensez aux magnifiques
bijoux créoles, aux tissus traditionnels (madras), aux broderies
de Vieux-Fort ou encore à la poterie. Mieux vaut éviter
les carapaces et les objets en écaille de tortue, animal menacé
de disparition. Dans la gamme culinaire, n'hésitez pas à
faire des provisions de vanille, fraîche ou sèche, et d'épices
en petits sachets. Le rhum, jeune ou vieilli en fût, est incontournable.
Ultime option, pourquoi ne pas ramener un bouquet des plus
belles fleurs guadeloupéennes ? Certaines, comme les anthuriums,
résistent sans problème au voyage en avion et dureront encore
de deux à trois semaines après votre retour.
Informations pratiques
Banques:
elles sont habituellement ouvertes du lundi au vendredi de 8 h à
midi et de 14 h ou 14 h 30 à 16 h. Les principales succursales
le sont également le samedi matin. En été, la plupart
adoptent un horaire fixe, de 8 h à 15 h.
Cartes de crédit:
elles sont acceptées un peu partout, bien que certains établissements
hôteliers et restaurants les refusent toujours. Il est très
facile de retirer de l'argent avec sa Visa ou sa Mastercard dans les distributeurs
automatiques.
Climat:
il fait beau et chaud toute l'année. La saison des pluies, avec
risque de cyclone, dure approximativement de août à octobre.
L'air est alors saturé d'humidité.
Décalage horaire:
GMT (ou TU) - 4: lorsqu'il est midi à Pointe-à-Pitre, il
est 17 h à Paris en hiver et 18 h en été.
Douanes:
seules les personnes résidant hors de l'Union européenne
peuvent effectuer des achats hors taxes. Si vous avez acheté du
matériel hi-fi ou vidéo à Saint-Martin, il vous faudra
acquitter les droits de douane à votre arrivée à
la Guadeloupe ou dans votre pays de résidence si vous rentrez directement.
Langue:
tout le monde ou presque parle français. Le créole est employé
en famille et entre amis.
Magasins :
ils ouvrent généralement de 9 h à 13 h et de 15 h
à 18 h en semaine. Supermarchés et grands magasins sont
également souvent ouverts le samedi.
Monnaie:
l'unité monétaire est l'Euro, comme en métropole.
Les pièces et les billets sont les mêmes.
Pourboires:
l'usage veut qu'on laisse environ 10% au serveur.
Santé:
pas de problème particulier. Pensez toutefois à vous protéger
du soleil, bien plus fort sous les tropiques qu'en Europe. Un produit
anti-moustiques peut s'avérer utile au moment des pluies. Attention
aux arbres portant une grosse croix rouge: il s'agit de mancenilliers,
à la sève très toxique. Evitez de toucher tronc et
feuilles et ne vous abritez pas dessous s'il pleut. Vous risqueriez de
graves brûlures.
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